« Pas de fermiers, pas d’aliments, pas de futur »

« Pas de fermiers, pas d’aliments, pas de futur »

C’est par ces mots que Mme Esther Panunia, représentante philippine de l’Asian Farmers Association (AFA), a ouvert les travaux de la 6e Conférence du Forum Rural Mondial à Bilbao en Espagne du 25 au 29 mars 2019 devant une assemblée comptant plus de 250 personnes provenant de 65 pays. Fiers représentants de la parole de nombreux réseaux de producteurs et productrices, ces délégués défendent l’agriculture familiale comme mode de vie et de production.

Au menu de cette assemblée : l’élaboration d’un plan de travail global en faveur de la Décennie de l’agriculture familiale 2019-2028, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 72e séance en décembre 2017.

Lors des activités d’ouverture, José Maria Zeberio, président du Forum Rural Mondial, a insisté sur l’importance de relier nos échanges à l’Accord de Paris sur l’environnement (de 2015, portant sur les changements climatiques) et sur la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD) des Nations Unies. Pour se faire, Marcela Villarreal de la FAO donnait le ton : « il faut prendre en compte l’agriculture familiale depuis la perspective de développement des nouveaux systèmes alimentaires ».

Sur la photo: Marcela Villarreal , directrice de la division des partenariats à la FAO. © WRF VI Conference

Rappelons simplement que selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture familiale produit plus de 80 % des aliments dans le monde en termes de valeur. Elle est la principale forme de production alimentaire et agricole des pays développés et en développement.

L’agriculture familiale (qui comprend toutes les activités agricoles familiales) est un moyen d’organisation de toute production agricole, forestière, halieutique, pastorale et aquacole gérée et exploitée par une famille et qui dépend principalement de la main-d’œuvre familiale, femmes et hommes. Famille et agriculture sont intimement liées et codéveloppées, en combinant des fonctions économiques, environnementales, sociales et culturelles.

Un peu d’histoire

À l’origine de cette assemblée, une petite organisation du Pays basque espagnol, le Forum Rural Mondial, fondé en 1999 par des femmes et des hommes visionnaires de cette région, souhaitait alors mettre l’accent sur le travail agricole de millions de producteurs et productrices en marge d’un système économique favorisant souvent la grande industrie agricole. Cette organisation a su, contre vents et marées, réunir plus d’une quarantaine de grandes organisations fédératives de paysans et paysannes des cinq continents pour obtenir, entre autres la déclaration par les Nations Unies de l’Année internationale de l’agriculture familiale en 2014. Cette année riche en échanges et débats aura permis de générer des outils, des principes et des cadres de travail reliés à l’agriculture familiale. Plus tard, cette même organisation, renforcée par de nouvelles adhésions et alliances, obtenait la déclaration par les Nations Unies de la Décennie sur l’agriculture familiale 2019-2028.

Déclaration d’intentions de la Décennie de l’Agriculture familiale 
Un monde où des systèmes alimentaires et agricoles diversifiés, sains et durables prospèrent, où les communautés rurales et urbaines résilientes jouissent d’une qualité de vie élevée dans la dignité, l’équité, à l’abri de la faim et de la pauvreté. L’agriculture familiale est essentielle pour réaliser cette vision.

Des politiques, programmes et règlements raisonnables et tenant compte des besoins des générations actuelles et futures consistent à favoriser et à élargir l’agencement, l’inclusion et la capacité économique des agriculteurs familiaux, en plaçant leur diversité au centre du développement durable objectif de l’Agenda 2030. Ce voyage doit commencer dès maintenant.

Sur la photo: Participantes à l’un des ateliers du forum. © WRF VI Conference

De l’importance de l’agriculture familiale

Un tiers des travailleurs et travailleuses de la planète vivent de l’agriculture familiale. Voilà une réelle masse critique pour conduire à des changements durables de nos modes de production et d’alimentation.

Mario Arvelo, président du comité des Nations Unies pour la sécurité alimentaire mondiale, illustrait ce grand paradoxe voulant qu’effectivement 80 % des aliments soient produits par l’agriculture familiale, alors que les populations souffrant le plus d’insécurité alimentaire et de malnutrition soient précisément des petits producteurs et productrices.

Il est important de noter que durant toute la durée de la conférence, la grande majorité des intervenantes et intervenants ont insisté sur la nécessaire reconnaissance du travail des femmes et des jeunes, et sur l’amélioration de leurs conditions d’accès aux intrants (terre, eau, semences, engrais, etc.), ainsi qu’au crédit et à la formation. Ce constat rejoint l’orientation globale de la Politique d’aide internationale féministe du Canada, à laquelle nous adhérons à travers nos programmes et projets chez nos partenaires du Sud.

Parmi ceux-ci, notre projet Innovation et Mobilisation pour la Sécurité Alimentaire (IMSA) vise à juste titre l’amélioration des conditions de production agricole et de vie en générale pour plus de 50 000 personnes (8 000 producteurs et productrices et leurs familles) vivant de l’agriculture familiale au Burkina Faso, en Bolivie et au Pérou dans les zones arides ou semi-arides subissant les sévices des changements climatiques. Les résultats des quatre premières années de ce projet de cinq ans, démontrent des avancés significatifs au niveau de leur capacité de production et de leurs revenus, dans une perspective de production agroécologique durable adaptée aux effets des changements climatiques. Pour en savoir plus, consultez la page du projet IMSA sur notre site Web.

Le fait de reconnaitre et de mieux valoriser le travail des femmes démontre aussi un certain constat de l’échec du modèle actuel essentiellement patriarcal. Aussi, le peu d’intérêt des jeunes envers l’agriculture familiale, révèle également l’importance de rendre l’agriculture plus attrayante et plus moderne afin justement d’attirer plus de jeunes femmes et de jeunes hommes à s’investir dans ce domaine.

« Nous voulons des fermes et non des firmes », s’exclamait un représentant des jeunes producteurs au micro de la conférence. Ici encore, les efforts que nos partenaires déploient face à cette problématique donnent le ton à nos appuis et projets, orientés vers la recherche de solutions durables et équitables pour toutes et tous.

Un plan d’action modernisé

La conférence aura accouché d’un plan d’action global remodelé et revampé, qui orientera les actions développées dans le cadre de la Décennie sur l’agriculture familiale. Ce plan comprend deux axes transversaux et cinq axes thématiques qui sont :

Axes transversaux

  1. Soutenir les jeunes et assurer la pérennité générationnelle de l’agriculture familiale.
  2. Promouvoir l’équité des sexes dans l’agriculture familiale et le rôle de leadership des femmes du milieu rural.

Axes thématiques

  1. Mettre en place un environnement politique favorable au renforcement de l’agriculture familiale.
  2. Améliorer l’inclusion socio-économique, la résilience et le bien-être des communautés et des ménages ruraux.
  3. Promouvoir la durabilité de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche.
  4. Renforcer la multifonctionnalité des agriculteurs familiaux et leur capacité à promouvoir l’atténuation du changement climatique et les systèmes alimentaires qui préservent la biodiversité agricole, l’environnement et la culture.
  5. Renforcer les organisations agricoles familiales et leur capacité à créer du savoir et à fournir des services inclusifs en zone rurale.
Sur la photo: José María Zeberio, président du Forum Rural Mondial. © WRF VI Conference

Chacun de ces axes visera l’atteinte de résultats et d’indicateurs sur un horizon de dix ans, et ce sur les cinq continents. Ce plan d’action appelle à la création d’un nouveau contrat social, un contrat entre les milieux rural et urbain, orienté vers une transition agroécologique (au même titre que la transition écologique nécessaire au niveau des transports et des combustibles fossiles) et finalement exigera une réelle reconnaissance du secteur rural dans toute sa diversité et sa richesse.

Nous nous inspirerons de ces axes dans nos programmes futurs en nous engageant à partager cette plate-forme auprès de nos partenaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, mais aussi chez nous au Québec et au Canada auprès de nos partenaires de la coopération internationale.


Richard Simard
Coordonnateur du projet IMSA

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