L’Auberge Madeleine, l’itinérance au féminin

L’Auberge Madeleine, l’itinérance au féminin

On entend souvent dire que l’itinérance féminine est invisible, pourtant, les femmes itinérantes sont bien réelles et leur nombre augmente. L’ŒUVRE LÉGER vient en aide aux femmes sans-abri.

Rencontre avec Micheline Cyr, directrice générale de l’Auberge Madeleine…

Micheline Cyr travaille à l’Auberge Madeleine depuis 27 ans. Elle dresse un portrait des femmes qui sont accueillies à l’Auberge Madeleine : « On reçoit 250 femmes par année et chaque femme a son histoire. Les femmes qui viennent à l’Auberge sont sans-abri, extrêmement pauvres, et, 85 % d’entre elles ont connu la violence, qu’elle soit conjugale, familiale ou sociale. Le fait d’être violentée et d’être pauvre peut se traduire après par des problèmes de santé mentale, des problèmes d’alcoolisme ou de toxicomanie. »

L’Auberge Madeleine reçoit de plus en plus de femmes très âgées : « Dans les cinq dernières années, c’est incroyable le nombre de femmes de 70 ans et plus qui se sont retrouvées sans-abri. Ça me crève le cœur! Souvent, ce sont des personnes qui étaient isolées toute leur vie, mais qui arrivaient à se maintenir. Arrivées à un certain âge, ce sont très souvent les policiers qui vont les amener à l’Auberge parce que les propriétaires les mettent à la porte pour des problèmes d’accumulation d’objets. Souvent, elles n’ont pas connu d’autres logements. Imaginez le choc lorsqu’elles se retrouvent à la rue et qu’elles arrivent à l’Auberge Madeleine», explique Micheline Cyr.

Depuis 2008, il y aussi une autre problématique, celles des femmes qui arrivent en itinérance pour la première fois vers l’âge de 45 à 50 ans. Micheline raconte que c’est lié à la crise économique : « Des personnes qui avaient eu des petits boulots, qui avaient habité avec leurs parents, qui étaient toujours un peu à la marge, mais qui n’étaient jamais tombées du côté itinérance. Et tout d’un coup, perte d’emploi, chômage, aide sociale, perte de logement, parfois les parents décèdent et elles n’avaient jamais vécu seules. Arrivées à 50 ans, elles n’ont pas les mêmes capacités de débrouillardise qu’une femme qui s’est trouvée à la rue alors qu’elle avait 16 ans. »

« Les femmes qui viennent à l’Auberge sont tellement débrouillardes », raconte Micheline Cyr. « Reconnaître leur débrouillardise leur permet de se percevoir comme des personnes fortes et non seulement comme des victimes. Souvent leur quotidien est rempli d’adversité et elles se débrouillent. Alors toute cette force est transposable pour leur permettre d’atteindre leurs propres objectifs. »

L’ŒUVRE LÉGER contribue au soutien et aux démarches d’accompagnement des anciennes résidentes de l’Auberge Madeleine. « À l’Auberge, on travaille avec la théorie des petits pas… Dans un séjour, les femmes peuvent accomplir certaines choses qui leur sont importantes, et lorsqu’elles quittent l’Auberge, on continue à être présentes. Elles peuvent faire, un deuxième, un troisième séjour à l’Auberge si elles en ont besoin. Nous prenons le temps de suivre le rythme des femmes et de les accompagner dans les hauts et les bas de la trajectoire qu’elles suivent pour améliorer leur vie », dit Micheline Cyr.

La rue c’est rude, alors imaginez tous les dangers que ça représente pour une femme! Comme le dit Micheline Cyr, « les femmes sont prêtes à faire n’importe quoi pour éviter la rue. Ça veut dire donner son chèque à quelqu’un qui va abuser d’elle plutôt que de vivre dans la rue, aller de sofa en sofa chez des amis, accepter de la violence. C’est pour ça qu’on parle souvent de l’invisibilité de l’itinérance féminine, car les femmes font tout pour ne pas être vues dans la rue. »  Il ne faut pas oublier les femmes sans-abri et continuer à soutenir L’ŒUVRE LÉGER.

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