Merci d’aider les Philippines!

Merci d’aider les Philippines!

Témoignage de Norman MacIsaac, directeur général de L’ŒUVRE LÉGER.

C’est à bord du « Jeepney » de notre partenaire local que le groupe des bénévoles canadiens et moi-même avons quitté l’aéroport international Ninoy Aquino pour aller à notre hôtel à Manille. La « Jeepney » est un véhicule unique aux Philippines : il s’agit d’une jeep convertie en bus par l’ajout de deux longs bancs pouvant facilement accueillir une vingtaine de personnes. Alors que nous déchargions l’équipement incluant nos provisions et le système de filtration d’eau, une femme sans-abri s’est approchée de nous pour nous serrer la main : « merci d’aider les Philippines », disait-elle, d’une voix mélodieuse. Cette femme n’avait rien. Elle avait tout perdu. Avec elle, deux jeunes enfants, pieds nus. Ensemble, ils erraient dans les rues, quémandant de la nourriture. Mais cette femme n’était pas là pour nous demander quoi que ce soit. Elle était là pour nous remercier d’aider les gens de la région de l’est de Visayas qui étaient encore plus mal en point qu’elle. En voyant cette femme et ses enfants dans la rue, j’ai eu un pincement au cœur. Elle nous remerciait d’aider ceux qui étaient encore moins fortunés qu’elle…

L’arrivée à notre destination finale fut une expérience entièrement différente. L’aéroport était dans un état lamentable. L’Armée philippine, avec le soutien des Marines américains, avait établi un périmètre de sécurité pour empêcher les gens qui voulaient désespérément quitter l’île d’envahir la piste. Les soldats avaient dressé un manifeste, priorisant les cas devant être évacués d’urgence, tout en s’assurant de maintenir le calme et l’ordre au sein de tous ces gens qui ne partiraient pas, une foule de gens faibles, affamés et déshydratés.

Derrière les treillis métalliques, gardés surtout par de jeunes hommes armés de M-16, se profilaient les visages de gens désespérés de quitter cette île durement touchée. J’ai regardé quelques secondes leurs visages angoissés et j’ai ressenti une profonde compassion pour leur inquiétude, alors que la nuit commençait à tomber. J’étais certain que la plupart d’entre eux ne seraient pas à bord du dernier C-130 à partir ce soir-là.

Pendant ce temps, nous étions occupés à ramasser notre équipement et à nous diriger exactement dans la direction opposée, vers les régions les plus durement touchées, retournant au point zéro.

Le voyage entre l’aéroport et la ville de Tacloban, à bord d’un camion de l’armée et sous la protection de soldats philippins, restera à jamais gravé dans ma mémoire, tout comme la puanteur se dégageant des corps qui jonchaient les abords de routes. Devant une maison en ruine, un homme dormait, affalé sur une chaise, comme s’il gardait les derniers vestiges de ce qui avait été sa fortune. J’ai vu des gens blessés, désorientés, cherchant les corps de leurs proches. Mère Nature n’ayant laissé derrière elle que des amas de déchets et de débris. Auparavant, ces régions qui accueillaient de riches plantations de cocotiers n’affichaient plus que des chicots, comme de pathétiques allumettes brisées jonchant les collines. Peu de choses semblaient pouvoir y être récupérées.

– Norman MacIsaac, directeur général de L’ŒUVRE LÉGER

À venir dans les prochains jours : Sourires et sérénité

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